Une direction qui déploie déjà son projet de restructuration, avant même de l’expliquer aux instances représentatives

Alors que de nombreuses agences ont déjà été fermées cette année en 2008, que chaque jour des salariés du réseau informent leurs représentants qu’on leur annonce que leur agence va fermer, la direction Manpower prétend avoir voulu engager une consultation le 14/11/2008. Déjà, le CCE avait dû décider en mai 2008 de poursuivre en justice la direction pour entrave, après avoir constaté l’ampleur des impacts de la mise en œuvre du projet de Refondation porté par Mme le Président de Manpower France : refonte géographique du réseau avec de nombreuses fermetures, refonte complète des processus et des métiers, refonte complète des règles de rémunération variable vers du tout objectif et notamment individuel, etc. En effet, la direction avait toujours refusé de le consulter ainsi que les CHSCT, en infraction flagrante avec ses obligations légales.

Les représentants du personnel demandent que leur soient expliqué le projet de la direction, dont les différents impacts sont majeurs tant au niveau des salariés que de l’organisation

Préalablement à sa mise en oeuvre, la direction doit être capable d’exposer son projet et de le discuter avec les représentants du personnel. En application des articles L. 2323-4 et suivants du Code du travail, les élus demandent :
- une présentation du contexte économique que prend en compte la direction dans son analyse de la situation du marché et de l’entreprise ;
- la stratégie argumentée que la direction tire de ce contexte économique, ainsi que les options auxquelles elle a choisi de renoncer et les raisons ;
- la définition du projet mettant en œuvre la stratégie choisie ;
- les conséquences de ce projet en terme de conditions de travail, et les mesures prises par la direction pour pallier les problèmes identifiés.

Pour le moment, la direction n’a communiqué qu’au goutte à goutte des documents décousus propres à constituer les annexes de ce qui pourrait être un projet : des diapos vides de sens que la direction avait envoyées aux représentants juste avant la réunion de CCE du 14/11/2008, puis quelques éléments et quelques documents remis en séance le 20/11/2008, suite aux remarques des représentants.
Cette négligence et cette improvisation témoignent de la persistance de la direction à vouloir passer ce projet de restructuration en force.

A ce jour, le contour du projet tel qu’il peut être compris :
- la fermeture de dizaines d’agences supplémentaires en 2009 (mais combien exactement ont-elles déjà fermée et combien auront-elles déjà fermées d’ici au 31/12/2008 ?)
- la suppression de plus d’une centaine de CDI
- le non renouvellement de plusieurs centaines de CDD
- la diminution importante du nombre de centres de profits sur une organisation multi-agence totalement inédite.

Pour ne citer que quelques exemples sur l’insuffisante qualité des informations fournies :
- Des chiffres sur les écarts aux budgets qui ne veulent rien dire, sans aucune information ou réflexion sur la rentabilité de l’entreprise, la productivité passée et attendue des salariés... ?!?
- Aucun détail géographique sur le remaniement agences ?!?
- La moitié des définitions de la trentaine de nouveaux postes créés ou remaniés ?!?
- Rien sur les problématiques de transfert et d’augmentation des charges de travail dans le cadre de la refonte des métiers et de la diminution des effectifs ?!?
- Rien sur la définition des programmes de formation nécessaires à la mise en place des nouveaux métiers, aucun dispositif particulier pour tenir compte des nouvelles problématiques de mobilité relatives à la réduction du réseau d’agences ?!?
- Aucune simulation de la refonte de la rémunération variable, ni sur les dispositifs de contrôle des objectifs, ceux-ci remplaçant tous les autres modes de calcul à l’horizon 2010 ?!?
- etc, etc.

Face à une direction qui limite son attention à communiquer de manière superficielle et à appliquer une démarche idéologique forcée, le CCE sera-t-il obligé de recourir à la procédure légale d’alerte économique ?

Les fins de non recevoir qu’oppose la direction aux demandes d’une information structurée et exhaustive, rendent d’autant plus préoccupante la poursuite d’un déploiement initié en début d’année par la direction, strictement en dehors de toute concertation. La direction se sert désormais de la crise uniquement comme d’un accélérateur de la restructuration qu’elle met en œuvre.

Les élus du CCE, qui souhaiteraient pouvoir désigner un expert pour les assister dans une consultation de projet, commencent à s’interroger sur leur obligation de devoir lancer une procédure légale d’alerte économique. Rendez-vous le 18/12/2008, sauf si la direction accepte la réunion plus précoce que lui ont demandée les élus du CCE, pour voir si la direction confirme sa navigation à vue et reste incapable de présenter un projet cohérent.


Voir aussi :

- notre article postérieur sur le constat par l’administration du travail des infractions de l’employeur Manpower France à la législation sur la sauvegarde de l’emploi, et le mettant en demeure ;
- notre mention postérieure, relative à cette période, sur une dégradation assumée du dialogue social par la Présidente de l’entreprise, à travers le droit de retrait d’un dirigeant sur ces questions et son limogeage condamné par les Prud’hommes ;
- notre article postérieur sur les risques psycho-sociaux importants portés par le projet de restructuration ;
- notre article postérieur sur les chiffres de la restructuration et les manœuvres d’entrave de la direction ;
- notre article antérieur sur la problématique des mutations dans le réseau ;
- notre article antérieur sur la poursuite en justice de la direction par le CCE pour entrave, suite à la mise en oeuvre sans consultation du projet de Refondation.