Aujourd’hui, les représentants CFTC ont initié une action qui vise à redresser la situation d’un salarié intérimaire de l’entreprise, évincé du poste qu’il occupait pour avoir réclamé son salaire et remplacé illégalement par un autre salarié intérimaire.

Les responsables Manpower ont été alertés ce jour par courrier, afin que des mesures soient prises notamment pour que le salarié puisse retrouver à nouveau des missions, et pour que ce type de situation ne se renouvèle pas au niveau de l’agence dont il est question.
Vous trouverez ci-après le courrier adressé ce jour à la direction Manpower par les représentants CFTC afin d’engager une phase de dialogue, ainsi que le témoignage du salarié intérimaire sous forme de lettre ouverte par laquelle il nous a saisi.

Nous vous tiendrons informés de la suite que donnera la direction Manpower, et en fonction, la suite donneront les représentants CFTC à leur action.

Nanterre, le 20/10/2011

M. Étienne J..., tél. 06...

Mme Fabienne S..., tél. 09...

Délégués syndicaux CFTC Manpower

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À M. Dominique P...
Directeur des opérations Direction opérationnelle Est

Boulevard Sébastien Brandt
67400 ILLKIRCH GRAFFENSTADEN

Copie à : Président, DRH et Directeur des Affaires sociales Manpower - Mme Françoise GRI, M. D..., M. T...

Objet : Situation de M. A... U..., salarié intérimaire impliqué et reconnu, privé de travail pour avoir demandé le paiement de son salaire.

Monsieur le Directeur des Opérations Est,

Nous vous adressons joint à ce courrier le témoignage de M. A... U..., salarié intérimaire de notre entreprise, dont l’implication, la disponibilité et la compétence sont reconnues par tous ses collègues Manpower, et qui parce qu’il a demandé le paiement de son salaire et d’indemnités qui lui étaient dues, s’est vu exclu du poste qu’il occupait dans l’entreprise utilisatrice K... et remplacé par un autre intérimaire.

M. U... se distingue par son refus de l’injustice, mais ne nous y trompons pas : dans la relation tripartite Manpower – entreprise utilisatrice – salarié intérimaire, les deux premiers acteurs ont une inclination malheureuse à s’entendre sur le dos du troisième, au mépris de la loi. Comment résister à la tentation de reporter sur le salarié intérimaire précaire une pression commerciale par trop importante ? L’entreprise d’intérim, l’entreprise utilisatrice et le salarié précaires savent tous les trois que lorsque le salarié précaire demande l’application de ses droits, la sanction est alors souvent immédiate : non renouvèlement du contrat et remplacement par un autre salarié intérimaire, détachement sur des missions pénibles, voir radiation de l’agence d’intérim. Nous sommes en période de chômage de masse…
Alors, pourquoi ne pas faire plaisir au client en diminuant la facture ? Pourquoi ne pas profiter, dans un intérêt commercial bien compris et partagé, d’une situation de dumping social que permet de construire le contrat d’intérim ?

Voilà, M. le Directeur, ce qui peut expliquer qu’un client et une entreprise de travail temporaire préfèrent privilégier illégalement des « omissions » de paiement de salaire et de facturation, plutôt que de bénéficier de l’engagement et des qualités professionnelles reconnues d’un salarié. Pour dire les choses plus simplement : préférer le délit à l’efficacité économique et sociale et à la justice.

La CFTC se place résolument aux côtés de M. U...et vous appelle à prendre les mesures qui s’imposent, à savoir : trouver une solution qui lui permettre de faire bénéficier à nouveau notre entreprise, ses clients et l’économie de ses qualités professionnelles. Voyez, cela ne vous aura pas échappé : la sanction que nous demandons est finalement plutôt douce, voir même plaisante pour tous.

Préférant ce dialogue avec vous car espérant ne pas avoir à solliciter la solution que nous appelons par d’autres moyens, et confiant dans votre engagement responsable aux côtés de la justice sociale et de l’efficacité économique, nous vous prions de bien vouloir accepter un rendez-vous téléphonique avec Mme Fabienne S..., déléguée syndicale qui suit ce dossier au niveau local.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de notre considération distinguée.

Mme Fabienne S..., déléguée syndicale CFTC Manpower
et M. Étienne J..., délégué syndical central CFTC Manpower

PJ : Témoignage de M. A.... U...

Lettre ouverte du salarié intérimaire, par laquelle il a saisi les représentants CFTC et apporté son témoignage :

Lettre ouverte aux délégués du personnel Manpower

Durant 12 mois, j’ai été détaché en mission par l’agence Manpower qui se trouve rue ... T... en qualité de cariste dans l’entreprise utilisatrice K... à U...
Mon contrat s’est terminé vendredi 14/10/2011.

Par ce courrier je veux vous informer des faits suivants :

- Vendredi 7 octobre 2011, entre 10h30 et 11h, je me suis adressé à un de mes chefs de poste prénommé André afin de lui demander ce qui allait se passer car mon contrat de mission finissait le 14 octobre.
Ce à quoi il m’a répondu :
« Pour toi, je pense qu’il n’y aura plus de renouvellement. »

- Mardi 11 octobre 2011 vers 18h30, m’inquiétant de n’avoir aucune nouvelle à ce propos, je demande au second chef de poste prénommé Amide s’il y avait des nouvelles quant à mon contrat de mission qui se termine le 14 octobre 2011.
Ce à quoi il m’a répondu :
« Comme tu as fait des tiennes, que tu as mis la société MANPOWER au
Prud’hommes, que tu as réclamé tes impayés de salaires, ton contrat ne sera pas renouvelé chez nous, je regrette car tu étais un bon élément, dommage que ça se passe comme cela, je vais quand même essayer de voir avec la Direction s’il y a moyen de faire quelque chose. »

Je lui répond que :
« Je n’ai jamais mis MANPOWER aux Prud’hommes, je leur ai juste demandé de me régulariser toutes les heures supplémentaires que j’ai effectuées, les primes, les déplacements qui me manquaient, également la journée où on m’a renvoyé du site parce qu’il y avait une panne de courant ainsi que les 2 jours de congés que j ’avais le droit pour le décès de mon père suivant la convention de l’entreprise K... »
D’où le chef de poste reprend :
« C’est-ce que MANPOWER a rapporté, je vais quand même voir avec le responsable de chez nous, mais il n’y aura plus d’embauche à la clef car maintenant ça leur fait peur. »

- Vendredi 14 octobre 2011 vers 14h30 en déchargeant le camion du CAT, le
chauffeur m’informe quand je lui dit à lundi :
« Non pour toi c’est fini, on ne se reverra plus ! »
Sur quoi, je lui dit :
« Comment le sais-tu ? »
Il me répond :
« Va voir ton chef de poste, tu sauras. »
Une heure après, le chef de poste André vient me voir afin de m’informer que :
« Pour toi c’est fini, vue les réclamations de salaires que tu as faites. »
Puis j’ai repris mont travail mais on ne me donna plus de consignes de travail comme d’habitude, par exemple : le chef de quai ne me demandait plus de décharger les camions et taxis comme je le faisais depuis 12 mois. Mon travail durant ce dernier jour s’est juste cantonné à ranger quelques caisses.

- A 18 heures, le chef de poste Amide, est revenu me voir en m’informant qu’il avait : « tout essayé afin de me défendre le mieux possible envers la direction de chez K..., en leur précisant bien que j’avais simplement réclamé mon dû à MANPOVER et rien de plus précisant toutefois que 3 autres salariés intérimaires du site avaient rencontré les mêmes difficultés de paiements de salaire sur leur fiche de paye. Mais cela n’a rien changé à la position de la Direction quant au fait que pour moi c’était fini mais que pour les 3 autres salariés intérimaires, ils allaient regarder cela de plus prêt. »

Je précise qu’André, le chef de poste m’avait dit le 1er septembre 2011 en me
demandant :
« Quand est-ce que mon contrat de mission se terminerait parce qu’il allait faire ma demande d’embauche en CDI auprès de la direction K... »
Ensuite, j ’ai eu un entretien le 5 septembre 2011 avec les employés de l’agence MANPOWER de T... concernant mes impayés de salaires où je me suis
rendu accampagné de madame Fabienne S... Déléguée du Personnel chez
MANPOWER car malgré mes appels récurrents auprès de MANPOWER personne ne savait me répondre à ma demande de régularisation.
Après cet entretien qui a duré environ 1h30, le problème était résolu et toutes les régularisations me seraient faites très vite.
En reprenant mon travail chez K..., j’ai pu constater que tous étaient au courant de mes démarches auprès de MANPOWER.

- Le mercredi 12 octobre, la société K... avait fait appel à un salarié intérimaire
de l’entreprise de travail temporaire I... C... pour travailler à la réception
des marchandises en qualité de cariste, sur le site ou je travaillais ce qui démontre bien que l’entreprise avait bien un réel besoin de salariés intérimaires.

- Un salarié intérimaire également arrivé après moi sur le site se prénommant Camel avait été embauché.

À NOTER :
- J’ai eu une fin de mission parce que j’ai réclamé à MANPOWER qu’on me paye
ce qu’on me devait et que celle-ci a informé de mes démarches l’entreprise
utilisatrice en rajoutant que je l’avait mise aux prud’hommes. TOUT A FAIT FAUX !!!

EN CONCLUSION :
- Durant 12 mois de mission, je n’ai jamais refusé de faire une seule heure
supplémentaire, on m’appelait parfois à 5h30 du matin pour commencer à 6 heures au lieu de 7h00, d’autres fois on m’appelait à 10 heures pour commencer à 11 heures, ou encore pour commencer à 12 heures à la place de 11 heures.
Puis encore, on me prévenait sur le lieu de travail que je devais rester 1 heure ou 2 heures en plus la journée et je faisais presque tous les mois 2 à 3 samedis d’heures supplémentaires.
- Quand il y avait de grosses charges de travail sur le site j’ignorais mes pauses, je continuais à travailler afin d’avancer le travail et sans jamais rien dire !!

J’ai tout donné !! Pourquoi !?

On m’a remercié avec une fin de contrat parce que j’ai réclamé à
MANPOWER avec l’assistance d’un Délégué du Personnel ce dont on
m’avait pas payé, que cela a été « diffamé » sur le site de l’entreprise
K...

Monsieur A... U...

Copie à :
- DDTE de Metz / Monsieur S... L... inspecteur du travail
- responsable de l’agence MANPOWER / T... (rue ...)