Diffusion d’un reportage mettant en cause l’intérim sur France 3

Hier 20/11/2019, France 3 a diffusé un reportage « Pièces à Conviction » très dur sur l’intérim et la situation des salariés intérimaires, notamment à partir de salariés intérimaires Manpower.

Pour visualiser le reportage : https://www.france.tv/france-3/piec...

Le Président Manpower répond et la CFTC-intérim donne la parole aux salariés intérimaires

Vous trouverez ci-après la réponse circonstanciée du Président de Manpower, qui fait suite de la diffusion de ce reportage.

La CFTC-intérim souhaite contribuer utilement au débat, qui n’est évidemment pas binaire : Quelle place pour les apports positifs du CDII ? Laquelle pour les travers de fond ou des situations particulières qui ne trouvent pas d’issue ? Nous vous invitons à poser un regard, voir une analyse sur votre vie d’intérimaire en CDII, puis de l’exprimer ci-après sur le forum de cet article. Faites le honnêtement, en vérité : le propos est parfaitement libre quelle que soit son intensité positive ou négative, mais nous retirerions par contre toute contribution grossière, dont nous ne pourrions rien faire.

La CFTC-intérim s’engage à compiler et prendre rendez-vous auprès du Président de Manpower France pour porter votre voix

Sachant que le reportage suscite de l’émotion, il permet de sensibiliser activement les dirigeants de l’entreprise. C’est pourquoi la CFTC-intérim considère judicieux de profiter de l’événement (quoi qu’on pense du sujet CDII), afin de porter votre voix de salariés intérimaires en CDII directement auprès des dirigeants de l’entreprise. En fonction de vos retours, nous pourrions par exemple être amenés à proposer un accord d’entreprise, des mentions particulières ou modifiées dans les contrats types CDII, etc.
Nous vous ferons le retour de cette démarche inhabituelle depuis ce site internet.

Bonnes contributions à l’échange que nous vous proposons !

Communiqué du Président de Manpower, du 21/11/2019

Chères collaboratrices, chers collaborateurs,

Hier soir, nous avons été la cible d’un reportage diffusé sur France 3 dans l’émission « Pièces à conviction ». Sous le titre « Loin des villes, la génération oubliée », le reportage multiplie les portraits de jeunes en précarité, parce qu’ils vivent loin des villes.

C’est la France rurale et périphérique qui est censée être décrite pour continuer à expliquer le mouvement des gilets jaunes. Sachez que depuis 5 mois, 13 documentaires sur ce sujet ont été diffusés sur France 3 Région. Mais cette fois, dans ce dernier reportage, une grande partie est en fait un procès contre l’intérim et contre le CDI Intérimaire.

Plutôt que de considérer l’intérim, et plus encore le CDII, comme la première marche vers l’emploi, l’accusation nous est faite de tirer parti de la précarité des jeunes… Plutôt que de montrer notre mission comme une mission d’accompagnement vers le travail et le pouvoir d’achat, de publics éloignés des bassins d’emploi… Plutôt que de dire que sans l’intérim, pour ces jeunes, c’est le chômage… Ce reportage nous met au banc des accusés, insinuant que nous confortons ces situations précaires pour augmenter nos bénéfices.

Les situations sont caricaturées, les chiffres fantaisistes, s’appuyant sur des données partielles et dont certaines datent de 2015 : c’est un reportage à charge, un reportage de partis pris, un reportage qui s’inscrit dans la droite ligne de toutes les accusations que nous avons subies durant toute notre histoire et dont le seul objectif est d’alimenter le ressentiment. L’accusation est connue : l’intérim ferait le jeu de la précarité. Alors qu’aujourd’hui la réalité est toute autre : il y aurait beaucoup plus de précarité et de misère si l’intérim n’existait pas.

Bien sûr je suis indigné par le reportage que j’ai vu hier, non parce que je suis attaqué personnellement, je sais parfaitement que mon poste est exposé, mais parce que c’est toute notre entreprise, tout votre travail qui est attaqué. Cela me heurte et je le ressens comme profondément injuste.

Ce qui est décrit ne nous ressemble pas. La France d’aujourd’hui c’est une France qui manque de talents et de main d’œuvre. Nous sommes en première ligne pour développer l’employabilité de tous ceux qui sont loin justement… et de l’emploi et des villes.
Les séquences où nous sommes accusés sont truffées d’inexactitudes et ne montrent que des cas isolés. Ce n’est pas nous, ce n’est pas ce que nous sommes !

Bien sûr nous sommes confrontées à des situations personnelles délicates, mais elles sont plus complexes que le reportage ne le dit. Et personne ne se pose la question : que deviendraient-elles sans nous, sans Manpower ?

Alors à travers nous, c’est le CDII qui est attaqué et remis en cause :

- Tout d’abord, la sécurité qu’offre ce CDI sur le long terme est bien entendue passée sous silence.
- Ensuite, ce reportage met en avant la situation personnelle d’un intérimaire - intérimaire que nous connaissons bien et qui est dans une situation très particulière - qui se voit refuser un prêt par sa banque insinuant que le CDII est un sous-contrat qui ne donne pas accès aux crédits.
La réalité est tout autre : selon la dernière enquête de la profession, 6 projets de crédits sur 10 ont abouti grâce au CDI Intérimaire.
- Ce reportage nous reproche de ne donner que des missions qu’avec une rémunération de 70% de la dernière. Rappelons que le salaire est fixé par l’entreprise utilisatrice. Dans le contrat d’un CDI Intérimaire, trois métiers sont possibles. Bien sûr ces métiers n’ont pas les mêmes salaires de référence. Mais c’est du travail en permanence pour nos intérimaires en CDII. Et doit-on comprendre, quand j’entends les commentaires dans ce reportage, qu’il vaut mieux préférer le chômage et toucher les allocations qui sont pourtant inférieures ?
- Ce reportage nous accuse de ne pas payer l’IFM à des CDI. Mais c’est justement parce qu’ils sont en CDI qu’il n’y a pas de fin de mission…Je note qu’il n’est pas fait mention de l’équivalent des 10% d’IFM, que nous investissons dans la formation et le financement des intermissions. Depuis la création de ce contrat, Manpower a investi 10 millions d’euros pour former plus de 9000 CDII. Et c’est bien là une garantie pour l’avenir, pas pour la précarité.
- Ce reportage nous accuse encore de gagner de l’argent dans notre métier. Mais oui, nous sommes à la fois une entreprise commerciale et une entreprise qui a une mission économique et sociale en France. Notre valeur est partagée : développer l’employabilité des intérimaires, accompagner les entreprises et préparer notre avenir. Pour faire cela, notre équation économique est bien entendu importante.
- Et puis ce qui n’est pas dit, ni mentionné c’est que 20% de nos intérimaires vivent dans les quartiers de la politique de la ville alors que ceux-ci ne représentent que 8% de la population active. Il faut continuer, ils ont besoin de nous.

Ce qui est également inacceptable pour moi, c’est que ces attaques ont pour origine des documents confidentiels qui ont été transmis en fraude au journaliste. Sans doute pour discréditer notre entreprise mais avec pour conséquence de discréditer votre travail et votre engagement.

Nous ne pouvons le tolérer parce que c’est une infraction à la loi et nous allons porter plainte dès aujourd’hui. Au-delà c’est un problème de confiance et la confiance ne peut être bafouée impunément.

Enfin, mon dernier étonnement, c’est ce témoignage d’une de nos collaboratrices contre nous. Que toutes ces années ont dû être dures pour elle…

Nous pouvons avoir des divergences de vues, considérer que nous devons faire mieux ou différemment, mais comment justifier la mise en cause du travail de 4000 personnes ?

Nous n’avons jamais donné l’instruction de baisser la rémunération de nos intérimaires pour faire plus de profit. Je vous le redis : le CDII c’est avant toute chose un parcours professionnel pour nos talents rares, c’est la solution la plus efficace et la plus responsable pour les individus et pour nos clients.

Après ces évènements, je sais que pour beaucoup ce sera difficile quand vous serez interpellés ou questionnés par vos proches, vos intérimaires, vos clients. Ce sera aussi l’occasion pour vous de parler plus en détail avec eux de votre métier et de votre mission.

Mais je vous le dis également, ce matin je suis plus déterminé que jamais à défendre notre entreprise et ses valeurs et croyez-moi nous ne baisserons pas la tête face à des coups bas.

Nous allons poursuivre le développement du CDI Intérimaire avec l’objectif d’en avoir 20 000 actifs en 2021, non parce que cela nous rendra plus riche mais parce que c’est une cause juste, cautionnée par les personnes elles-mêmes, nos clients et les pouvoirs publics.

Par ailleurs, je vais continuer mes prises de parole publiques comme avant afin de toujours mieux faire connaitre notre valeur.

Bien sûr, l’attaque est sérieuse, comme nous en avons vécu par le passé. Mais je suis persuadé qu’elle nous permettra de faire encore mieux passer nos messages et que sur le moyen terme notre réputation en sortira renforcée.

Nous devons continuer à être fiers de ce que nous faisons au quotidien dans les régions pour l’emploi et être fiers de notre entreprise.

Soyons solidaires autour de nos valeurs.

Le Président de Manpower France


Voir aussi :
- notre article précédent, sur une enquête réalisée auprès des intérimaires Manpower en CDII.
- notre article précédent sur l’analyse du fonctionnement du contrat CDII du point de vue du salarié intérimaire.